La bande dessinée "Rébétiko, la mauvaise herbe"

L'histoire : A la fin des années 30, en Grèce, la dictature militaire s'installe et les libertés fondent comme neige au soleil. La BD décrit des scènes de vie de rébétes pourchassés par la police. Ces joueurs de musique rébétiko amateur de jolies filles, de hachisch, (et vendeur occasionnel de drogue) ont une vie si décalée avec celle que veut imposer la dictature qu'ils ont du mal à se plier aux nouvelles lois en vigueur. Autour d'un narguilé, ils refont le monde, avant d'aller jouer et danser le rébétiko toute la nuit au son du bouzouki.

Ce que j'en pense :

David Prudhomme, le dessinateur, a un graphisme noir bien adapté au sujet mais je dois reconnaitre qu'à titre perso, cela m'a parfois dérangé et j'ai du à plusieurs fois renoncer à finir la lecture du livre. Ceci est bien sûr que mon opinion et je suis sûr que beaucoup ne seront en rien perturbés par cela, bien au contraire.

Je vais faire une comparaison entre deux œuvres qui traitent de ce même sujet : le film "Rébétiko" de Kostas Ferris et la bande dessinée "Rébétiko, la mauvaise herbe" de David Prudhomme. Autant le premier force les traits dramatiques de la vie de cette célèbre chanteuses de rébétiko quitte à rendre cette vie un peu trop mélodramatique voire presque caricaturale parfois, autant la BD sous-évalue ce caractère et donne une image d'une vie de rébètes trop insouciantes. La réalité est en fait un mélange des deux. Il ne faut pas oublier que les rébètes sont des déracinés de la grande catastrophe de 1922 (quand les grecs ont du quitter Istanbul et la côte Turque). Ils ont eu du mal à s'intégrer dans leur Grèce d'origine qu'ils ont quitté il y a longtemps ou qu'ils n'ont jamais connu. Ils sont souvent pauvres et paumés, mal acceptés par les grecs de Grèce : imaginez, des milliers de personnes qui arrivent dans les villes et le désordre que cela a créé, des milliers de personnes sans logement et sans travail. Ils sont souvent considérés comme des délinquants, source de tous les problèmes (cela ne vous rappelle rien, une certaine France "sous le règne du roi Sarkozy 1er" où les arabes, les roms sont tous des coupables à expulser). La drogue n'est pas utilisé par eux pour leur donner l'inspiration ou donner un côté festif à leur vie mais plus pragmatiquement pour leur permettre de supporter la dureté de leur vie, dureté qui n'était pas du qu'aux côtés répressifs de la dictature. C'est aussi un mode de vie pour eux. C'est un de ces côtés aussi que je reproche à la BD. Elle donne un aspect trop insouciant de la drogue à la limite de l'apologie.

Cependant, malgré ces quelques défauts, il faut reconnaitre que l'histoire est intéressante et retrace bien une période de l'histoire grecque. J'aime particulièrement le texte de la page 18 où un gardien de prison explique la nouvelle donne à Markos tout en disant que lui aussi n'est pas en accord avec cela : 'Tu vas voir. Bien des choses ont changé dehors." "Tu sais qui est le général Metaxas. Il a décrété la loi martiale..., fait de ce pays une dictature.... . Metaxas condamne un amollissement moral de notre société supposée décadente. Sa propagande désigne les coupables de cette prétendu immoralité et l'impute à cette part d'orient qui habite en nous. Il dit qu'il va laver la Grèce de toute influence turque. Tu sais ce que ça signifie? Non, moi non plus. Nous sommes mêlés à l'orient depuis longtemps. Nos origines se confondent.".

Si je n'avais pas aimé cette BD, je n'en aurais pas parlé. C'est donc à plus d'un titre que je conseille l'achat de cette BD.

- les œuvres en Français parlant de cette musique et des gens qui l'ont créée et jouées sont si rares qu'il ne faut pas les bouder. Je pense que ce livre peut inciter beaucoup de français, qui ne connaissent de la Grèce que les plages, d'acheter la BD intrigués par le sujet et d'acheter des disques de rébétiko.

- "Rébétiko" a été élue meilleure BD 2009 selon" Lire" et primée au festival quai des bulles 2009, a eu le Prix Regard sur le Monde à Angoulême 2010.

- Certaines images sont des vrai chef d'œuvre de dessin et sait magnifier les ombres et lumières de Grèce.

- David Prudhomme est un passionné et cela se sent. Il y a derrière cette BD énormément de recherches et de travail.

- Le texte est souvent bien ciselé et incroyablement émouvant. Juste une petite critique : le texte des chansons ondulants comme la musique est superbe et image parfaitement le rythme du rébétiko mais le texte écrit un caractère claire est souvent illisible pour les personnes comme moi qui n'ont pas une bonne vue. C'est d'autant plus dommage que les textes de chansons sont un élément central de l'histoire. J'avoue que je n'ai pratiquement lu aucun texte car cela me fatiguait trop les yeux.

Tout cela fait de ce livre, une superbe BD qui mérite bien ses nombreux prix.

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